CHIRURGIE ORTHOPÉDIQUE et TRAUMATOLOGIQUE - MONTPELLIER
CHIRURGIE OSSEUSE ET ARTICULAIRE - CHIRURGIE PROTHÉTIQUE - CHIRURGIE ARTHROSCOPIQUE - CHIRURGIE DU SPORT
Rupture du tendon du biceps distal au coude
La rupture du tendon distal du biceps est une lésion rare mais invalidante qui touche principalement les hommes actifs entre 30 et 60 ans. Non traitée, elle entraîne une perte définitive de force en flexion et surtout en supination de l'avant-bras. Le traitement chirurgical précoce permet une récupération complète.
Rappel anatomique
Le muscle biceps brachial est situé à la face antérieure du bras. Il possède deux chefs à son origine (d'où son nom) : le chef long et le chef court, qui s'insèrent tous les deux sur l'omoplate. En bas, les deux chefs se réunissent en un tendon unique — le tendon distal du biceps — qui s'insère sur la tubérosité bicipitale du radius, juste en dessous du coude.
Le biceps a deux fonctions principales :
- La flexion du coude : plier le bras (environ 30 % de la force de flexion)
- La supination de l'avant-bras : tourner la paume de la main vers le haut (environ 40 % de la force de supination) — c'est la fonction la plus affectée par la rupture
Comment survient la rupture ?
La rupture survient typiquement lors d'un effort brutal de soulèvement avec le coude fléchi à 90° : porter une charge lourde, réceptionner un objet qui tombe, tirer violemment sur quelque chose. Le patient ressent un craquement brutal au pli du coude, suivi d'une douleur vive et d'une ecchymose (bleu) qui s'étend rapidement vers l'avant-bras.
Facteurs de risque
- Sexe masculin : la rupture touche quasi exclusivement les hommes (rapport 10:1)
- Âge : entre 30 et 60 ans, pic de fréquence autour de 50 ans
- Bras dominant dans la majorité des cas
- Tabagisme : altère la vascularisation tendineuse et fragilise le tendon
- Anabolisants : facteur de risque reconnu, les tendons ne s'adaptent pas à l'augmentation de la masse musculaire
- Tendinopathie pré-existante : dégénérescence tendineuse liée aux microtraumatismes répétés ou à des facteurs métaboliques
Les symptômes
Le diagnostic est souvent évident cliniquement :
- Craquement audible au moment de la rupture
- Douleur aiguë au pli du coude, d'apparition brutale
- Ecchymose (bleu) étendue à la face antérieure du coude et de l'avant-bras
- Déformation du bras : le ventre musculaire du biceps remonte vers l'épaule, créant une boule visible à la partie haute du bras (signe de « Popeye »)
- Creux palpable au pli du coude (absence du tendon)
- Perte de force en flexion et surtout en supination de l'avant-bras
Le diagnostic
Le diagnostic est essentiellement clinique :
- Hook test (test du crochet) : le chirurgien tente d'accrocher son doigt sous le tendon du biceps au pli du coude. En cas de rupture complète, il n'y a rien à accrocher — le test est positif
- Squeeze test : la compression du ventre musculaire du biceps ne provoque pas de supination de l'avant-bras
- Perte de force mesurable en supination contrariée
Les examens complémentaires confirment le diagnostic :
- Échographie : visualise la rupture tendineuse, sa localisation et le degré de rétraction du tendon
- IRM du coude : examen de référence pour confirmer la rupture complète, évaluer la qualité du tendon restant et mesurer la rétraction. Indispensable pour la planification chirurgicale
- Radiographies : normales le plus souvent, elles éliminent une fracture ou un arrachement osseux de la tubérosité bicipitale
Rupture complète ou partielle ?
Rupture complète
Le tendon est entièrement rompu et se rétracte vers le haut. Le diagnostic clinique est évident (signe de Popeye, hook test positif). C'est la forme la plus fréquente. Le traitement est chirurgical.
Rupture partielle
Seule une partie des fibres tendineuses est rompue. Les symptômes sont plus discrets : douleur chronique du pli du coude, faiblesse modérée en supination, pas de signe de Popeye net. Le diagnostic est plus difficile et repose sur l'IRM. Le traitement peut être conservateur (repos, kinésithérapie) si la rupture est minime, ou chirurgical si la rupture dépasse 50 % de l'épaisseur du tendon ou si les symptômes persistent.
Pourquoi opérer ?
Sans réparation chirurgicale, la rupture complète du biceps distal entraîne :
- Une perte de force en supination de 30 à 40 % — geste essentiel pour tourner un tournevis, ouvrir une poignée de porte, porter un plateau
- Une perte de force en flexion de 20 à 30 %
- Une fatigabilité de l'avant-bras lors des efforts prolongés
- Une déformation esthétique du bras (Popeye)
Pour un patient actif, sportif ou travailleur manuel, cette perte fonctionnelle est significative et justifie pleinement la réparation chirurgicale.
Le traitement chirurgical
Technique opératoire
L'intervention consiste à réinsérer le tendon rompu sur la tubérosité bicipitale du radius. Plusieurs voies d'abord et systèmes de fixation existent :
Voie d'abord antérieure unique
Une incision au pli du coude permet de retrouver le tendon rétracté, de le préparer et de le réinsérer sur la tubérosité bicipitale. C'est la voie la plus utilisée pour les ruptures récentes.
Systèmes de fixation
Le tendon est réinséré sur l'os par différents systèmes :
- Bouton cortical (EndoButton) : le tendon est passé à travers un tunnel trans-osseux dans le radius et fixé de l'autre côté par un bouton métallique. Fixation solide permettant une rééducation précoce
- Ancres de suture : ancres vissées dans la tubérosité bicipitale sur lesquelles le tendon est amarré par des fils de suture
- Vis d'interférence : le tendon est bloqué dans un tunnel osseux par une vis
L'intervention est réalisée en chirurgie ambulatoire sous anesthésie loco-régionale (bloc axillaire). Elle dure environ 45 minutes à 1 heure.
Les suites opératoires
1 Semaines 1 à 3 — Protection
Immobilisation par attelle coude au corps, coude fléchi à 90°. Mobilisation douce et passive des doigts et du poignet autorisée. Pas de port de charge. Pansements et glaçage régulier.
2 Semaines 3 à 6 — Mobilisation progressive
Début de la kinésithérapie. Mobilisation active aidée en flexion-extension du coude, dans un secteur de mouvement protégé. La supination active est autorisée progressivement. Pas de port de charge supérieur à 1 kg.
3 Semaines 6 à 12 — Renforcement
Extension du secteur de mobilité. Début du renforcement musculaire progressif en flexion et supination. Port de charges légères autorisé.
4 3 à 6 mois — Reprise complète
Renforcement musculaire intensif. Reprise progressive du travail manuel lourd et du sport. Récupération de la force complète entre 4 et 6 mois post-opératoires.
Les résultats
Les résultats de la réparation chirurgicale précoce sont excellents :
- Récupération de la force en supination : 90 à 100 % dans les réparations précoces (< 3 semaines)
- Récupération de la force en flexion : quasi complète
- Satisfaction des patients : > 90 %
- Correction de la déformation esthétique (disparition du signe de Popeye)
Les complications possibles
- Atteinte du nerf cutané latéral de l'avant-bras : complication la plus fréquente (5-10 %), responsable d'un engourdissement ou de fourmillements sur la face externe de l'avant-bras. Régressive dans la grande majorité des cas
- Ossifications hétérotopiques : formation d'os dans les tissus mous autour du radius, pouvant limiter la prono-supination. Rare mais possible
- Synostose radio-ulnaire : pont osseux entre le radius et l'ulna bloquant la prono-supination. Complication rare mais grave
- Re-rupture : exceptionnelle si le protocole de rééducation est respecté
Cas particulier : la rupture ancienne
Lorsque la rupture date de plus de 4 à 6 semaines, le tendon s'est rétracté et la réparation directe est souvent impossible. Deux options se présentent :
Reconstruction par greffe tendineuse
Un greffon tendineux (prélevé sur le patient ou allogreffe) est utilisé pour rallonger le tendon rétracté et le réinsérer sur la tubérosité bicipitale. L'intervention est plus complexe et la rééducation plus longue, mais les résultats restent satisfaisants.
Abstention chirurgicale
Chez les patients sédentaires, âgés ou à faible demande fonctionnelle, la perte de force peut être tolérée. Les muscles brachial antérieur et supinateur compensent partiellement le déficit. Cette décision se prend au cas par cas après discussion avec le patient.
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